Je suis né sous les grands feuillages,
Là où chantait l’antique vent,
Orneval fut mon paysage,
Mon premier ciel, mon premier chant.
Les anciens parlaient de courage,
Des héros gravés dans le temps.
Je rêvais moins de leurs batailles,
Que d’apaiser les souffrants.
J’appris tous les gestes qui soignent,
Les mots plus doux que les épées ;
Une prière, un mot pour l’âme,
Un cœur refusant de juger.
Je ne marche pas pour la gloire,
Ni pour qu’on retienne mon nom ;
Je suis une lueur dans le noir,
Une humble voix, une chanson.
Le Nord dressait ses blanches tombes,
La guerre emportait frères et soeurs ;
Autour de moi s’élevaient des ombres,
Nourries des morts et des douleurs.
“Tu as failli; Laisse nous faire…”,
Murmuraient ces ombres, à leur morts ;
Meurtri dans mon âme et ma chair;
La vie allait quitter mon corps.
Soudain revint dans ma poitrine,
Un battement d’obscurité ;
Un sombre pacte qui me ravive,
Et me permet de les sauver.
Je ne marche pas pour la gloire,
Ni pour qu’on retienne mon nom ;
Je suis une lueur dans le noir,
Une humble voix, une chanson.
Les ombres appellent mon abandon,
Contre elles j’ai opposé ma foi ;
Chaque jour mon âme leur répond:
*”Vous êtes bien là, mais n’êtes pas moi.”*
Le coeur triomphe de la colère,
Les ombres m’ont été chassées ;
Un combat bien pire que la guerre,
Que j’ai vaincu, que j’ai gagné.
J’ai été digne de la Lumière,
Qui m’a élu, m’a rappelé ;
Je traverse donc les frontières,
Pour soigner ceux qui sont blessés.
Je ne marche pas pour la gloire,
Ni pour qu’on retienne mon nom ;
Je suis une lueur dans le noir,
Une humble voix, une chanson.
Aujourd’hui je vois dans les yeux,
Les fil d’or tissés par le temps ;
Chaque regard devient un lieu,
Où chantent encore les vivants.
Alors si ton chemin vacille,
Et que la nuit voile le ciel,
Si la souffrance te déchire,
Que tu sens s’éteindre l’étincelle.
Non n’appelle pas un grand héros,
Je ne suis pas de ces gens là ;
Mais mon dévouement et mes mots,
Te ramèneront près de moi.
Je ne marche pas pour la gloire,
Ni pour qu’on retienne mon nom ;
Je suis une lueur dans le noir,
Une humble voix, une chanson.
Si la nuit recouvre la terre,
Je garderai le cœur vivant ;
Car même au plus profond des guerres,
La lumière attend son instant.
Je ne marche pas pour la gloire,
Ni pour qu’on retienne mon nom ;
Je suis une lueur dans le noir,
Une humble voix, une chanson.
S’il reste une flamme à défendre,
Je marcherai jusqu’aux aurores;
Et lorsque viendra mon silence,
Je suivrai moi aussi mon fil d’or.
Mon fil d’or.