Soixante-quatorze hivers sans lune,
Dans le silence où meurent les noms.
Les astres se brisaient sur les runes,
Sous les murmures de l’horizon.
Le temps était une poussière,
Un souffle perdu dans la nuit.
La Faille tissait ses noirs mystères,
Et moi, captif, son infini.
Quand mes paupières se sont ouvertes,
Le monde avait changé de visage.
Je n’avais plus d’antan la lumière,
Mais dans mes veines brûlait l’orage.
Le Vide chantait sous ma peau pâle,
Comme un secret devenu vivant.
Je n’ai jamais cherché d’entraves…
J’ai simplement marché devant.
Je ne m’incline devant personne,
Ni roi, ni dieu, ni jugement.
Les ombres suivent ma couronne,
Le silence est mon firmament.
Ils disent que le Vide gouverne…
Ils n’ont jamais compris mon choix.
Je marche où les étoiles se ferment…
Pas même le Vide… n’a pouvoir sur moi.
Hurlevent cachait sous ses pierres
Des voix oubliées des vivants.
Un inconnu, vêtu de poussière,
Me parla comme parle le sang.
“La Lumière veut te refaire…”
Ses mots n’étaient qu’un miroir noir.
J’ai vu brûler dans le vieux brasier
Les derniers mensonges de l’espoir.
Je n’ai pas choisi la vengeance,
Ni quelque royaume déchu.
J’ai seulement pris connaissance
De celui que j’étais devenu.
J’ai laissé mourir mon ancien nom,
Sans une larme, sans regret.
Les cendres n’ont pas de pardon…
Et je n’en demandais jamais.
Je ne m’incline devant personne,
Ni roi, ni dieu, ni jugement.
Les ombres suivent ma couronne,
Le silence est mon firmament.
Ils disent que le Vide gouverne…
Ils n’ont jamais compris mon choix.
Je marche où les étoiles se ferment…
Pas même le Vide… n’a pouvoir sur moi.
Le cercle saigne sous la pierre,
J’appelle ce démon de mes voeux.
Chaque rune ouvre une frontière,
Vers un royaume oublié des dieux.
Le voile céda dans un fracas.
Les ténèbres prirent un visage.
Ses yeux portaient mille combats…
Et pourtant… il resta sauvage.
Les chaînes furent de ma volonté,
Non de colère ou de plaisir.
Le pouvoir exige d’assumer
Ce que les autres veulent fuir.
Mais dans le calme après la guerre,
Quand plus aucun ordre n’était dit,
Deux ombres regardaient la lumière…
Sans prononcer un seul défi.
Je ne m’incline devant personne,
Ni roi, ni dieu, ni jugement.
Les ombres suivent ma couronne,
Le silence est mon firmament.
Ils disent que le Vide gouverne…
Ils n’ont jamais compris mon choix.
Je marche où les étoiles se ferment…
Pas même le Vide… n’a pouvoir sur moi.
Les héros chantent leurs victoires,
Gravent leurs noms dans les palais.
Moi, je préfère les histoires
Que le silence seul connaît.
Les couronnes finissent en poussière,
Les empires tombent lentement.
Les Ombres, elles, restent entières…
Et patientent éternellement.
Si demain s’éteignent les mondes,
Je marcherai parmi leurs cendres.
Car rien ne possède mon ombre,
Et rien ne viendra me reprendre.
Ils disent que je suis corrompu !
Je souris sans lever un doigt ;
Si c’est cela être perdu…
Je ne me suis jamais trouvé si droit.
Je ne m’incline devant personne,
Ni roi, ni dieu, ni jugement.
Les ombres suivent ma couronne,
Le silence est mon firmament.
Qu’ils gardent leurs trônes, leurs prières,
Leurs vérités et leurs effrois.
Je suis celui que rien n’enchaîne…
Pas même le Vide… n’a pouvoir sur moi.